
La confusion est grande entre collectifs unitaires, comités Bové et instances censés les représenter. Nous en sommes conscient(e)s et nous ne voulons pas rajouter
à cette confusion. Cette contribution est un document élaboré pour alimenter la discussion de l’AG parisienne des ex- CUABs. Elle a été élaborée par des militants de ces mêmes CUABs qui sont
aussi militants des CUALs. Les soussignés considèrent les CUALs comme la seule instance unitaire ayant pour mandat de préparer l’organisation des assises dans les conditions les plus claires et
les plus rassembleuses possible. Ils souhaitent que ce texte permette d’avancer dans la clarification nécessaire.
GARDONS LE CAP DE L’UNITE
A la réunion nationale de Saint Denis à la rentrée 2006, l’unité paraissait en marche, elle paraissait à portée de main. Neuf mois après, non seulement nous avons essuyé une défaite politique mais la tendance est à plus d’effritement chez les anti-libéraux. Nous devons prendre un peu de temps pour réfléchir à notre bilan et dégager sereinement des perspectives.
Une campagne qui n’a pas répondu à nos attentes .
Que nous nous soyons engagés dans la campagne Bové ou que nous ayons simplement glissé le bulletin Bové dans l’urne, nous ne nous résignions pas à ce que les espoirs placés dans le
rassemblement de la gauche anti-libérale soient trahis. Nous ne voulions pas laisser le champ libre aux diviseurs.
Nous espérions construire un rapport de force tel que la candidature Bové, candidature trait d’union et collective, contraigne les appareils de partis à rompre avec
leur politique de division.
Nous ne voulions pas rester l’arme au pied et nous ne regrettons pas d’avoir mené ensemble la campagne Bové mais nous avons échoué.
La campagne Bové rassemblait un éventail de forces plus large que les autres candidatures anti-libérales : communistes unitaires, trotskystes unitaires, écologistes radicaux, citoyens
unitaires mobilisés contre le projet de constitution européenne.
La campagne Bové a aussi attiré des militants qui ne se reconnaissaient pas dans les partis existant ou même qui s’en défiaient.
La campagne Bové articulait question sociale et question écologiste, ni par démagogie, ni par concession à la mode, mais parce que c’est un enjeu décisif pour l’humanité.
La campagne Bové regroupait tous ceux qui ne se résignaient pas au champ de ruines laissé par la réunion nationale de l’Ile Saint Denis.
Combattre inlassablement pour reconstituer l’arc unitaire, en toute indépendance des socio-libéraux, tel était le mandat de Montreuil.
On devait porter le mandat de Montreuil. La campagne oscillera entre volonté unitaire, de plus en plus vacillante, et affirmation identitaire de plus en plus
envahissante.
On devait mener une campagne collective. José Bové va multiplier les messages en solitaire, comme proposer de choisir Nicolas Hulot comme premier ministre.
La dynamique, un temps prometteuse, ne s’est pas confirmée. Le résultat est connu, faible. Il ne traduit aucune percée y compris dans les quartiers populaires où avec beaucoup de naïveté, nous
tirions des plans sur la comète.
Enfin, José Bové, entre les deux tours, va faire son allégeance à Ségolène Royal et tenir conférence de presse avec elle depuis le local de campagne du PS, allant jusqu’à approuver l’ouverture
vers Bayrou au nom du réalisme. Il le fait en solitaire sans beaucoup de considération envers les militant(e)s qui ont porté sa campagne.
La réunion nationale des 28 et 29 avril, constate cette initiative. Elle ne la caractérise pas, elle ne la condamne pas.
Quel bilan tirons nous de la campagne ? A-t-elle été menée de manière démocratique ? Comment caractérisons nous le ralliement de Bové à Royal ?
Reprendre le combat pour l’unité afin de nous faire entendre !
La droite néo-conservatrice a balayé le Parti Socialiste. Cette défaite révèle au grand jour la faillite idéologique d’un Parti Socialiste dont le discours a délaissé les fondements qui ont porté son histoire, se caricaturant lui-même par ses concessions à la politique libérale, et par son incapacité à répondre à la période actuelle qui est celle d’une nouvelle mondialisation dominée par le néo-conservatisme et le capitalisme financier. Les anti-libéraux, divisés, n’ont pas existé. L’objectif reste le même, il ne peut être contourné, il faut rassembler la gauche de transformation sociale. Dans la dynamique des collectifs du 29 mai, quel rassemblement étions nous ? Militantes et militants d’ATTAC, de Solidaires, de PRS, du PS, du Mars, de la LCR, des Verts, des Alternatifs, du PCF et tant de citoyennes et de citoyens décidant de prendre part à l’élaboration commune. Réussir la gauche, n’est ce pas retrouver le fil (pas si ancien) de ce travail ? Etre crédibles, audibles auprès des citoyens, n’est ce pas la première condition pour être très nombreux et rendre possible l’alternative au libéralisme ? Le courant pour l’unité ne passe t il pas par le combat pour la crédibilité ? Isolément, les différents courants de la gauche anti-libérale sont inaudibles. La recherche de l’unité est elle encore au centre de notre démarche ?
Les collectifs unitaires, refondés sans les directions des partis politiques, sont un outil indispensable de cette reconquête. Ils doivent être le lieu où convergent,
sans aucune exclusive, tous ceux qui veulent réellement construire ensemble une gauche de transformation sociale. Nous qui avons participé à la campagne Bové, devons être le moteur des collectifs
unitaires plutôt que de rechercher des raccourcis illusoires. Pour que les collectifs unitaires soient réellement le lieu où convergent les unitaires, cela suppose qu’ils ne soient
instrumentalisés par aucun des courants de la gauche anti-libérale y compris par nous. Ce qui implique en corollaire que nous considérions les comités Bové, comme un courant combattant pour
l’unité mais pas le lieu où se réalise l’unité. Sommes nous d’accord pour investir ou réinvestir les collectifs anti-libéraux et pour les développer ? Ou bien les considérons nous
comme des structures dépassées et inutiles ?
Ne fermer aucune porte
A ce stade le combat pour l’unité ne peut se faire ni avec la direction de la LCR ni avec la direction du PCF. Mais nous ne pouvons décréter que ces deux partis n’y
reprendront jamais leur place. Les divisions internes de la LCR et du PCF, que l’orientation décidée par
leurs directions respectives a provoquées, ouvrent dans les rangs de ces deux partis des débat dont nous ne pouvons nous désintéresser. Nous ne devons pratiquer ni l’incantation, ni l’injure, ni
décréter que l’unité ne se réalisera jamais. Comme le dit Yves Salesse, il faut « maintenir la perspective unitaire en la traduisant chaque fois que possible en propositions concrètes sur
les terrains politique et social ».
Ne pas se diviser entre nous, ne pas choisir des raccourcis qui sont des impasses
Relancer les collectifs est contradictoire avec le projet de construire à partir des collectifs une nouvelle organisation, une troisième organisation visant à
regrouper les écologistes radicaux ou qui que ce soit d’autre. Construire une organisation d’écologistes anti-libéraux ou toute autre organisation anti-libérale, est parfaitement respectable mais
si cette organisation devait se confondre avec les collectifs unitaires, ceux-ci verraient leur périmètre et leur influence dramatiquement réduits et ils disparaîtraient. Il faut résister à la
tentation de cliver entre camarades aux positions finalement très proches. Les écologistes anti-libéraux ou les tenants d’une troisième organisation ne peuvent pas décréter que le combat pour
l’unité puisse faire l’économie d’un travail de conviction envers les militants du PCF ou de la LCR. Ils ne peuvent pas non plus décréter que pour sanctionner les diviseurs, la solution soit plus
de fragmentation. Les « unitaires » ne doivent pas considérer avec condescendance l’apport de l’écologie et de l’altermondialisme, dont la capacité mobilisatrice, hélas, semble se défaire après les « sommets » où ce courant a montré sa force. L’écologie sociale, est pour
nous tous, sans exception un acquis fondamental mais elle n’a pas forcément valeur identitaire. Nous devons reconnaître que ce qui nous rapproche est beaucoup plus fort que ce qui nous oppose.
L’aboutissement de notre démarche est il le rassemblement de la gauche anti-libérale, avec comme outil une association transversale admettant la double appartenance ou la construction
d’une troisième organisation avec son programme, ses dirigeants, sa discipline, son drapeau ?
Pour avancer, il faut clarifier
Un même secrétariat national ne peut pas animer à la fois les collectifs unitaires et les comités Bové. Un secrétariat qui représenterait les comités Bové n’aurait de légitimité que s’il était élu par une réunion nationale des Comités Bové. Tout autre secrétariat n’est pas
légitime. La Gauche Alternative 2007 ne peut être à la fois le sigle des anciens comités Bové ou de ceux qui, issus des comités Bové, veulent construire une
troisième organisation et le sigle des collectifs anti-libéraux. Les réunions nationales des collectifs unitaires ne peuvent rassembler à la
fois collectifs unitaires et comités Bové. La campagne Bové doit accoucher d’un courant qui combat, mieux que les autres, pour l’unité mais les comités Bové ou les structures qui vont en prendre
la place ne peuvent s’autoproclamer le cadre où l’unité s’est réalisée. Sinon, le risque est d’éloigner des collectifs unitaires tout ce qui n’est pas nous. Les ex-comités
Bové peuvent devenir le lieu où la démarche unitaire trouvera un espace, à la fois de réflexion et de construction. Le label Gauche Alternative 2007 désigne t-il les collectifs
unitaires ou les ex-comités Bové ?
La bataille pour l’unité ne fait que commencer. Au moment où le PS hésite entre l’impasse du Parti démocrate et l’autre impasse d’une configuration à l’italienne, au moment où les Verts sont au bord de l’implosion, au moment où le PCF semble désarmé pour faire face à une crise historique sans précédent, il reste possible de construire le parti de la gauche de transformation sociale. Nous avons des échéances, université d’été, assises de l’automne que nous devons préparer dans des conditions de clarté politique, des conditions où aucun unitaire ne se sente exclu. Nous devons re-construire La Gauche. Tous ensemble.
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